Posté le 06.03.2008 par sourires
L’amour du jeu et du hasard.
Associer ces trois mots dans « Le jeu de l’amour et du hasard. » Marivaux l’a fait avec talent pour le plus grand bonheur de ses spectateurs. Nietzsche avait-il lu sa pièce lorsqu’il déclarait que, dans la plupart des amours, il y en a un qui joue et l’autre qui est joué ? On peut alors se demander où peut bien nous mener l’amour du jeu et du hasard.
L’enfant joue instinctivement, naturellement et innocemment. Baudelaire, qui était resté un enfant comme tous les poètes, déclarait que l’enfant montre et développe dans ses jeux « des grandes facultés d’abstraction et une grande puissance imaginative. » A son époque jouait-on à la marelle et aux billes ? Les garçons, ignorant les clivages des adultes, ne jouaient-ils pas parfois à la marelle, ce jeu de filles ? Les filles jouaient-elles de temps-en-temps aux billes ?
Mais les deux sexes confondus s’amusaient certainement à colin-maillard, à cache-cache, à saute-moutons et aux quatre-coins, faisant appel parfois à ce mot magique « pousse ! » quand l’un d’eux était fatigué ou donnant sa langue au chat quand il ne trouvait pas la solution d’une devinette. Et lorsqu’il y avait un choix à faire on s’en remettait au hasard et à la formule cabalistique « Ams, tram, gram, pic et pic et colégram… etc… »
Il semble bien que les adultes jouent aussi depuis l’enfance de l’humanité. On a retrouvé des dés à jouer dans des sarcophages datant de vingt siècles avant JC. A Babylone, celui qui ne trouvait pas la clé d’une énigme devait payer une amende et donner sa langue aux chiens. Mais il y a pire. A Hawaï, celui qui n’en trouvait pas la solution était mangé par ses semblables ! Ici, point de mot miracle qui aurait la vertu de vous faire échapper au supplice.
Gargantua qui avait une âme d’enfant et aussi un gros appétit, jouait pour se distraire à cochonnet devant, tables rabattues, bœuf violé, pétarrades, la recheute, fessard, croquignolles et prise mouille…
Si l’origine du jeu d’échecs se perd dans la nuit des temps et très loin quelque part en Inde, il faut attendre la fin du XIX ème siècle pour voir les Anglais exporter différents sports et le whist. Ce fameux whist, le père du bridge, dont Edgar Poe, qui estimait peu le jeu d’échecs, chantait les mérites :« le bon joueur doit faire preuve de force, d’intelligence, d’attention, de mémoire,d’imagination, de psychologie et d’esprit d’analyse et de déduction. » Le mot fair-play, cette invention des Anglais, ne figurant pas dans la liste, on suppose qu’il n’avait pas encore traversé l’Atlantique au moment où Poe, qui certainement était un gentleman, écrivit ces lignes.
Si dans la plupart des jeux de réflexion il y a peu de place pour le hasard, on en trouve où l’on s’en remet totalement à sa décision : les jeux de casino, pile ou face, le loto, les dés . Mais attention, Einstein nous met en garde. Il pense en effet que « Le hasard c’est Dieu qui se promène incognito. » et que « Dieu ne joue pas aux dés. » Faut-il alors supposer que celui qui élabore une martingale au loto espère découvrir un des mécanismes secret de l’univers ? C’est à n’en pas douter une prétention dérisoire lorsque l’on pense aux efforts énormes que déploient les savants du monde entier, pour en décrypter une faible partie ? Ou est-ce tout simplement pour se donner des émotions ?
Et que penser de celui qui regarde une partie de foot-ball ? Joue-il aussi ? La sagesse des Baoulés nous apprend qu’on ne joue pas en assistant à un jeu. C’est évident ! Mais seulement dans une certaine mesure ! Car alors pourquoi le cœur du spectateur bat-il souvent aussi fort que celui du joueur qui vient de traverser le terrain d’un seul élan et marquer un but ? Un proverbe chinois prétend que la maison appartient aussi à celui qui la regarde. Alors pourquoi le spectateur ne ferait-il pas partie intégrante du jeu ?
2008
--
Posté le 26.02.2008 par sourires
Archétypes.
Il est fini le temps des vaillants paladins,
Epris de loyauté, investis de bravoure,
Chantant la courtoisie avec les troubadours,
Incarnant aux enfants un généreux dessein.
Un étrange héros, auréolé d’humour
Un jour nous envahit, bien après Azincourt.
Voici le gentleman, dans l’élégant smoking,
Jouant le jeu fair-play sur les courts et le ring.
Les dandys en spencer et les fils des Anglois,
Nous ont fait oublier nos mythes d’autrefois,
Comment s’est terminée la guerre de Cent Ans.
Aujourd’hui Superman et Tarzan dans les bois,
James Bond et Spiderman, élevés au pavois,
Sont avec Lucky Luke les nouveaux prétendants.
1990.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Citation à l’ordre de la « re-connaissance. »
Au cours d’une discussion, il arrive qu’un des interlocuteurs fonde son argumentation sur des citations, et il n’est pas rare qu’il soit regardé comme un pédant, voire un cuistre, incapable d’avoir des idées personnelles.
Ceux qui critiquent une telle démarche sont-ils si sûrs d’avoir inventé leurs opinions ? Borges qui a passé toute sa vie à lire a noté un jour : « …tout est écrit … ». Gide et Pauhlan ont remarqué : « …tout a été dit… » Sont-ils atteints d’amnésie partielle ? A l’instar de ce que prétend W. Inge : « …avoir une idée originale c’est se souvenir de quelque chose qu’on a entendu quelque part et avoir oublié où… » Mais peut-être se comportent-ils tout simplement comme ces sénateurs romains dont se plaignait l’empereur Hadrien et dont M. Yourcenar nous rapporte les paroles : « …au temps de mes débuts…j’avais souvent rédigé pour des sénateurs…des harangues dont ils finissaient par se croire auteur… »
Les critiques littéraires distinguent souvent le fond et le forme d’une œuvre. N’est-ce pas par la forme et le style que les protagonistes d’une discussion pourraient faire preuve d’originalité et d’inventivité ?
Mais là encore les mêmes détracteurs, peut-être à court d’arguments, viendraient sans doute critiquer le maniérisme et la grandiloquence des pédants.
2007.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Victimes expiatoires.
Je croyais qu’à la guerre il suffisait d’offrir
Des hommes de métier sur l’autel des stratèges.
Mais pourquoi le poète, coupable sacrilège,
Sur l’échiquier des chefs doit-il être martyr ?
Funèbre rituel, images qui dérangent
Moderne religion d’un univers étrange
Où la lutte n’est plus réservée au soudard
Et où le citoyen doit porter l’étendard.
O soldat inconnu, on me cache ton nom
Il défie la mémoire, il est beaucoup trop long
Dans les livres d’école, il ne peut être mis.
Peut-être es-tu parti, poète malheureux
Afin de racheter les maréchaux fameux
Qui meurent dans leur lit ou à l’Académie.
1976.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Commémorations.
En ce jour du six juin qui fut pendant longtemps
De notre bon saint Claude une célébration
Aujourd’hui souvenir de la libération,
Que fêtons nous de plus, jolie fin de printemps ?
La fête des mamans ! C’est une institution
D’un très vieux Maréchal qui se remémorant
Sa jeunesse lointaine eut une inspiration.
Il voulut qu’on honore enfin nos ascendants.
Maman, maman tu es et tu seras toujours
La plus belle des femmes, de ma vie grand amour
Cher souci de mon cœur, créature immortelle.
C’est pourquoi je me sens âme de troubadour
Je rime avec ardeur et chante aux alentours
La glorification de l’amour maternel .
6 juin 1993.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Métaphysique.
Un raïs égyptien a dit notoirement :
« Le Dieu des Musulmans fondamentalement
Est semblable à celui des Juifs et des Chrétiens. »
Il est le vrai, l’unique, apprenne le païen.
Il a donné le monde à l’homme triomphal
Et le soleil c’est clair tourne autour de la terre
Elle est toute menue nombril de l’univers
Propriété humaine, apprenne l’animal.
Mais pourquoi tous ces murs entre les religions
Les idéologies les maisons les nations ?
Avec acharnement chacun défend son lot.
Un chef latin a dit : « La terre est possession
Seulement de celui qui trace les sillons. »
Car tout le reste enfin appartient aux oiseaux.
1991.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Poignées de mains.
Il fut un temps où les poignées de mains entre hommes politiques ne scandalisaient personne.
Celles de Daladier, Chamberlain et Hitler à Munich, du Maréchal Pétain et du Général Franco à Madrid.
Est-ce que l’opinion, les observateurs politiques n’y voyaient que des comportements de médiateurs ?
Il en fut de même pour la poignée de main entre Hitler et Pétain à Montoire.
Aujourd’hui décriée n’est-elle pas victime d’une sorte de strabisme divergeant qui fait voir dans les personnages de 1940 ceux de 1945 ?
Ainsi aurait-elle subi le sort qui aurait pu échoir à Ernst Junger ? « Un jour avant guerre, dit-il, on m’annonça la visite de Hitler à mon domicile . Au dernier moment celle-ci fut annulée .Vous rendez-vous compte, s’il était venu me poser la main sur l’épaule ?
C’eut été difficile de me faire pardonner. »
2002.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Prestidigitation.
Curieux petit lutin debout sans bras ni jambes
Innocent chiffre huit, soit dit sans dithyrambe,
Etrange magicien, qui tous nous mystifie
Lorsqu’enfin tu deviens image d’infini.
Au début du décompte il y a le zéro.
Avec un pédoncule il se transforme en neuf.
Nous en avons la preuve, ils sont frères jumeaux.
Cette métamorphose, un authentique bluff.
Pour éviter l’impair, autrefois écrit uit
Avec la lettre n tu évolues en nuit.
Comme la fin du jour, la fin d’une série.
Puis arrive le neuf qui par son éloquence
Promet la nouveauté et une renaissance.
Après l’obscurité voici l’aube qui luit.
1992.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Bien cuisiné et c’est l’aveu.
Avec un peu de vin du terroir de Moselle
De l’année trente-quatre, agitez pêle-mêle
Latin, architecture et langues étrangères
Pour faire un étudiant qui point ne persévère.
Une fois accompli le service outre-mer
Mixez aux U.S.A. dessinateur d’hôtels
Puis en France vendeur de tout et bagatelle
Pour obtenir un homme indécis qui macère.
Laissez monter la pâte au soleil des tropiques
Tahiti Caraïbe en une mosaïque
De métiers manuels et de voiliers à l’ancre.
Sur la toile un peu d’huile et le papier de l’encre
Pour un petit sonnet ou un portrait typique
Et voici la recette « à la mode du cancre. »
1986.
Posté le 26.02.2008 par sourires
Chrétiens.
Héritiers des Romains tous les peuples latins
Aiment avec respect le chef inamovible,
Pompes, cérémonies des anciens palatins
Le faste, l’apparat et le pape infaillible.
Mais les Anglo-Saxons très tôt ont protesté.
Nordique qualité, le chef est contesté
S’il ne se trouve pas à l’endroit dangereux
Le seul où l’on célèbre un grade prétentieux.
Il faut se souvenir des premiers détracteurs
Les Slaves et les Grecs de tutelle objecteurs
Qui très dévotement adorent les icônes.
Peut-être voudront-ils, en ce monde d’images
Païennes tentations qui ne sont que mirages,
D’une leçon d’esprit nous faire enfin l’aumône.
1989.